Baisieux, Jour 4 du Grand Confinement

 

 

 

La vie s'éteint, la vue se brouille, il ne reste plus que le souvenir. Je me souviens d'un temps où nous sillonnions les routes riantes de nos campagnes, un temps de rêves. Mais par dessus tout, je me souviens du dernier 200 de Lerzy avant que le grand Mal ne submergea le Monde.

Nous étions quelques un à attendre ce premier week-end sans tempête de l'année. Mais nous fûmes tous dupés.
Depuis décembre, des lointaines terres de Chine covid 19 grandissait. L'une après l'autre les contrées libres de la terre du milieu tombaient.
UN VIRUS POUR NOUS GOUVERNER TOUS.

Ce matin du 14 mars, je me lève à 6h. J'ai préparé tout mon attirail et entâme un solide petit déjeuner.Hier soir la nouvelle est tombée: le BRM d'Orchies est annulé, les rassemblements de plus de 100 personnes en milieu confiné sont interdits. Mais bonne nouvelle sur Gmail, mon Domyos club reste ouvert.
Nous sommes 4 à nous donner rendez-vous sur la place de la mairie, nous effectuerons la sortie en individuel. J'ai préparé un itinéraire de 237km à partir de Baisieux qui nous permettra de suivre l'essentiel du parcours de Lerzy.
Toutes les précautions sanitaires sont prises, j'ai moi-même mis une cagoule de "plongée" mais je ne trouve plus de masque. Les consignes de distanciation sociale sont strictement observées: plus de bisous sur la bouche. Un compagnon nous initie au nouveau check "japonais" en vigueur dans son entreprise.
Les 4 cavaliers se mettent en route et traverse la morne plaine de Cysoing récupérant au passage le 5ème comparse. La communauté du 200 est constituée. La route continue en suivant une partie de la basilienne. Il fait frais.

1Lerzy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'essentiel quand on maintient une distance de sécurité est de ne pas perdre de vue le premier de cordée.

 

On rejoint dans la forêt de Marchienne le parcours du 200. Nous subissons un vent de 3/4 face mais l'équipe reste soudée et lutte solidairement contre cet aléa climatique. Nous sommes cependant doublés par un groupe de flandriens qui semble suivre le même trajet que nous. Nous finissons par parvenir Au Cateau. La tenancière de l'estaminet est aussi stressée que l'an dernier. Elle nous apprend que le musée Matisse vient de fermer ce matin, elle s'attend à ce que son restaurant soit fermé après les élections municipales.

Estaminet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais pour nous remonter le moral, quelques blagues en patois du coin sont affichées au mur.

 

Le voyage se poursuit jusqu'à La Capelle et l'équipée affronte une série de toboggans qui ralentissent sa progression,. on a du mal à se convaincre qu'il n'y a pas plus de dénivelée que sur le BRM de Roubaix. La route est grasse et il faut faire attention dans la courte et rapide descente de Lerzy. Mon vélo est tout crade maintenant, et je me fais la réflexion que ça arrive à chaque fois que je roule avec Thierry. On aperçoit au loin l'hippodrome et nous arrivons bientôt au bistrot d'en face: il commence à faire faim.
L'établissement semble fermé, un petit homme en sort et nous annonce par la porte entrebaillée qu'il ne peut plus nous servir. Il nous dit qu'on trouvera sans doute encore un bar ouvert dans la rue principale et que s'il le fallait, pour nous dépanner, il pourrait nous donner un café à emporter.
L'angoise nous saisit, y a t'il eu une nouvelle annonce depuis notre départ? l'invasion des profanateurs aurait commencé? ou une attaque de morts vivants?
Mais 100 mètres plus loin nous sommes rassurés, quelques vélos sont adossés au mur d'un bar. C'est le groupe des flamands qu'on a croisé tout à l'heure. Il quitte le café au moment où nous nous installons, ils ont fêté l'anniversaire de l'un des leurs et nous laissent les gateaux qu'ils n'ont pas pu manger (mais pas de ça chez nous, nous respecterons les consignes sanitaires jusqu'au bout. Ces mignardises ont peut-être été touchées et on ne veut pas chopper la myxomatose).

LaCapelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On mange nos sandwishes tirés du sac et on boit un coca, la bière se sera pour le prochain arrêt. Pour ma part, je sort une boîte de thon à la catalane sous le regard dégouté de mes compagnons. Un autre groupe arrive au moment où nous quittons le café-tabac.

 LeCateau

Petite photo de groupe avant de repartir.

 

Nous reprenons la route sous une pluie fine et traversons un paysage de bocages autrefois si joli (faut dire que l'an dernier, il y avait du soleil). Les road warriors posés sur leurs interceptors à deux roues poursuivent la traversée des solitudes de la désolation à la recherche du bien le plus précieux de ces temps troublés: la solution hydro-alcoolique (pour ceux qui ne pratiquent pas la novlangue, ça veut dire de la bière).

Maroilles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Petit arrêt à Maroilles. Va t'on pouvoir se procurer un fromage puant, seule arme à même de repousser les démons inciviques et autres adorateurs du bisou et de la franche poignée de main?

Berlaimont

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous arrivons enfin à Berlaimont et aucun café n'est ouvert, nous nous rabattons sur un salon de thé à la devanture toute rose. La bière ce sera pour une autre fois.

Gateau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pas question de rationnement!!

 

Un groupe de cylos passe devant l'établissement et nous regarde d'un air goguenard.

Nous reprenons la route à travers la forêt de Mormal et croisons ce groupe vu à Berlaimont, ils sortent d'une taverne, ils ont été plus malins que nous.

Dernière côte du trajet à Sebourg, je fais mon kéké en essayant de tenir la roue du grand JR. Puis ce sera du plat jusqu'à Saint Amand.


LA NUIT APPROCHE...


Quand je traverse la vallée de l'ombres de la mort, je ne crains aucun mal car je suis avec vous mes amis et en plus j'allume mon éclairage.
Nous regagnons nos pénates tous sains et saufs vers 18h30.

Parmi les protagonistes de cette aventure, il y avait entre autre,

le cyclo qui manifestement n'avait plus de jus:

C2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'adepte de la recordite:

C1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et enfin le précis:

C3r

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ceci termine le récit,     ce n'est qu'un au revoir mes frères...

 

PS: en arrivant à la maison, j'ai une révélation: nous sommes 3 à vivre dans ce lieu exigu. Dès lundi, j'achèterai deux tentes quechua à Decat. J'y logerai ma fille dans le jardin de devant et ma femme dans celui de derrière. Il faut éviter la propagation du virus. Annonce du premier ministre: tous les commerces non essentiels vont être fermés. Et merde, c'est rapé pour les tentes.
PPS: J'ai été confiné dans mon garage par mes femmes. Mais j'ai beaucoup de chance dans mon malheur car j'ai un accès illimité au home trainer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires  

0 #1 Jean-René DELATTRE 21-03-2020 10:19
Lolo! tu es le digne successeur d'André Tignon ! Encore bravo et merci pour le récit ! Bon confinement !

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